Hier mercredi, après plus de deux mois de travail auprès des enfants de la cuna et de leurs parents, nous sommes allées "visiter" (je sais le terme est mal choisi) les bidonvilles d'Arequipa, c'est-à-dire là où les enfants que nous accueillons vivent. Autant vous dire qu'on a toutes pris la réalité dans la figure! Dur, dur! Dur de ne pas pleurer, dur de ne pas penser au gachis que nous faisons en Europe, dur de ne pas relativiser sur ses petits tracas, dur dur dur! Ce que nous avons vu, nous l'imaginions mais pas comme ça... Pas autant de misère! Comment est-ce possible à notre époque de vivre dans des situations aussi atroces (je pèse mes mots) ???
Les bidonvilles se situent à l'éxtérieur de la ville. Suzanna, directrice de la cuna Lara, nous y a amenées avec certains parents. Les femmes et leurs enfants doivent y aller en combi et une partie à pied. Cela représente environ une demi-heure à l'aller et pareil pour le retour. Les femmes portent souvent le petit dernier sur le dos...
Je vous laisse imaginer ces femmes qui ont fait le choix de scolariser leur(s) enfant(s) à la cuna. Elles les y emmènent puis partent travailler dans les rues: vendeuses ambulantes de glace, de lacets, de maté... locutorio vivant... Imaginez leur fatigue, leur détresse... Il s'agit le plus souvent de femmes que les hommes ont abandonnées après leur avoir fait fait un ou plusieurs enfants, de femmes parfois (souvent?) battues, violentées, rabaissées plus bas que terre par les hommes. Leur choix de scolariser leur enfant est si beau. Beaucoup d'autres enfants n'ont pas cette chance et travaillent et/ou mendient dans la rue dès leur plus jeune âge...
Nous avons visité plusieurs lieux... Je vous laisse découvrir... "des moins chanceux aux plus chanceux" si je puis dire... Nous avons effectué la visite dans le sens inverse, partant des femmes qui ont été aidé par l'association pour bâtir une maison "décente" à ceux qui vivent dans des "cahutes".
Au milieu d'un "no where", quelques "maisons"...


Nous avons terminé la "visite" par la maison d'une femme qui a trois enfants à la cuna. Elle nous explique que sa maison se trouve sur un terrain public que l'Etat souhaite récupérer mais trop de gens se sont installés. Un procés est prévu. Seront-ils délogés? Il y a des chances que la population gagne, nous explique Suzana car ils sont nombreux. Elle nous explique que comme le terrain ne lui appartient pas, elle peut revenir un jour et être délogée par la première personne venue... La senorita nous parle de sa vie, de son mari qui la frappe, elle et les enfants, qui la traite de "pute" et dit qu'elle ne sert à rien... Il la frappe quand elle ose demander de l'argent pour acheter un cahier aux enfants ou bien même des chaussures. Il vit plus ou moins avec elle dans cette "cahute" de 3m carré où on ne peut même pas tenir debout! Il va et vient, dépense son argent mais elle ne sait pas comment! Nous avons toutes les larmes aux yeux, la senorita pleure, dit qu'elle aime ses enfants mais qu'elle doit les assumer seule, qu'elle n'en peut plus mais remercie du plus profond de son coeur la France et l'association de les aider, de permettre à ses enfants d'avoir une éducation...
Bien sûr, ici pas d'eau, pas d'électricité... Juste 4 murs, le sol en terre, un vieux matelas posé au sol. Pour la cuisine, c'est dehors sur un feu de bois (quand il y a quelque chose à cuire...). La plupart du temps, la senorita se nourrit à la cuna, tout comme les enfants. Par décence, je n'ai pas pris en photo l'intérieur de la casa.

Ils vivent au milieu de déchets de toutes sortes, de la poussière...Nous reprenons la route... Ici un monsieur vit seul avec son fils. Sa femme les a abandonné, partant avec un autre homme. Le vieil homme a le sourire, il est tout fier de nous montrer qu'il a un jardin (maïs, courgette...), qu'il a de l'eau, certes non potable mais il a de l'eau! Il m'entraîne souhaitant me montrer l'arrivée d'eau. L'eau est polluée par le mercure entre autres. Mais il faut bien boire, me dit-il! Alors il la fait bouillir! Asi es! Il m'explique que les nuits de pleine lune, il va dérober des pierres pour monter un mur tout autour de son jardin, que le bois qu'il entasse (pour cuisiner) dans sa "cour" il le récolte dans les chemins et le transporte sur son dos...
Ce vieil homme est tellement souriant, il nous montre sa maison d'1m carré (je crois que je n'exagère pas!) où il vit avec son fils de 7 ans! Dans la journée, il travaille dans les champs. Son fils est accueilli à la cuna. Il nous remercie du fond du coeur pour notre aide :(

Le vieil homme devant sa "maison"
Le jardin et la "maison"
Le mur de pierre



La femme qui nous accueilli porte dans son dos son denier bébé (de 3 mois). Elle nous fait visiter sa maison ou plutôt la maison qu'elle a en surveillance et dans laquelle elle vit avec ses trois enfants. Elle nous y laisse pour aller livrer des sacs. En fait, son travail c'est de porter de la nourriture entre la ville et le bidonville, elle lave du linge aussi parfois. Elle revient les mains chargées de... glaces... qu'elle a achetées pour nous! Nous sommes gênées! "Son los que tienen menos que te dan mas", nous dit Suzanna. (Ce sont ceux qui ont le moins qui te donnent le plus!) C'est tellement vrai... même si dur à avaler! Elle nous explique qu'elle aussi a de l'eau qu'elle peut acheter en bidon. Le prix est exagérément élevé... Je comprend mieux pourquoi:
1/ les enfants sont en extase quand ils nous voient avec nos bouteilles d'eau de 2litres
2/ à la cuna on ne les habitue pas à boire mais on leur sert un fond de verre!
3/ les enfants hurlent la première fois qu'on les baigne à la cuna... ils ne connaissent pas le bain!
4/ pourquoi ils sont aussi sales que leurs vêtements...
La senorita nous explique également que l'Etat a mis en place des Wawasi, des sortes de garderie gratuites mais dans lesquelles on n'éduque et ne scolarise pas les enfants. Elle préfére donc la cuna mais parfois elle ne peut même pas se payer le ticket de combi (0,60NS) et laisse donc ses enfants au Wawasi.

Elle nous montre son four solaire, on met la nourriture crue à l'intérieur et le four en plein soleil et quatre heures plus tard, la nourriture est cuite! La classe, non?


La première maison que nous avons visitée est faite de briques et avec des armatures métalliques. La senorita est très fière de sa maison qu'elle a pu construire grâce à l'aide de l'association. Elle nous raconte qu'avant elle vivait chez sa tante avec ses enfants dans une maison en bâche plastique! No comment! Aujourd'hui elle a un toit solide! Car n'oubliez pas que le Pérou est sujet à de nombreux tremblements de terre et seules les maisons avec armatures résistent! Le dernier tremblement de terre important a heureusement eu lieu en plein après-midi lorsque les enfants étaient dehors... Imaginez si cela se passe la nuit...
Ce que je retiens de tout cela? Ce sont ceux qui ont le moins qui te donnent le plus!